Les plus belles routes pour un road trip en Amérique du Sud : mon palmarès après 40 000 km de bitume et de piste
Vous avez déjà vu ces photos qui font rêver : une route qui serpente entre des sommets andins, un 4x4 seul face à la steppe patagonienne, un coucher de soleil sur le désert d'Atacama. Et vous vous dites : pourquoi pas moi ?
Je vais être honnête avec vous : j'ai passé des années à parcourir ces routes, à me perdre, à réparer des pneus crevés dans des endroits où personne ne passe, et à payer des leçons que je vais vous épargner. Voici les routes qui valent vraiment le détour, celles que je referais demain, et celles que je vous conseille d'éviter si vous tenez à votre pare-chocs.
Points clés à retenir
- La Ruta 40 argentine est LA route mythique : 5 000 km du nord au sud, mais très isolée par endroits
- La Carretera Austral chilienne offre les panoramas les plus spectaculaires du continent avec des distances courtes
- Le salar d'Uyuni en Bolivie nécessite un 4x4 obligatoire et une bonne dose d'adaptabilité
- La saisonnalité est cruciale : la Patagonie se visite entre novembre et mars, l'Atacama toute l'année
- Prévoyez 2 à 3 fois plus de temps que ce que Google Maps indique pour chaque étape
- Le budget réel se situe entre 60 et 120 euros par jour par véhicule selon le confort recherché
Pourquoi la Ruta 40 est la route la plus mythique d'Amérique du Sud (et ce qu'on ne vous dit pas)
La Ruta 40, c'est un peu la Route 66 argentine, en version plus sauvage et dix fois plus longue. Elle court du Nord au Sud sur plus de 5 000 kilomètres, longer la cordillère des Andes, traversant des paysages qui changent toutes les 200 kilomètres.
Le problème, c'est qu'on vous vend souvent cette route comme un ruban parfait. La réalité est autre : elle est asphaltée sur à peine la moitié de son parcours. Entre le sud de Mendoza et Bariloche, j'ai passé des heures sur des pistes de gravier où la poussière vous suit comme un nuage personnel.
Le MUST absolu, c'est le tronçon entre El Calafate et Bariloche. C'est là que vous verrez les lacs d'un bleu laiteux, les steppes balayées par le vent et les guanacos qui traversent sans prévenir. Budget carburant : comptez une station tous les 150 à 250 kilomètres dans le sud, beaucoup moins fréquentes dans le nord.
L'erreur que 90 % des voyageurs font sur cette route
Ils veulent la faire d'un seul trait. Erreur monumentale. La Ruta 40 se vit par tronçons, sinon vous passez votre temps à conduire sans jamais vous arrêter.
Mon conseil : concentrez-vous sur le segment entre El Chaltén et Bariloche, qui se fait en 4 à 5 jours avec les détours. C'est le plus spectaculaire, le plus accessible en été, et il vous laisse le temps de respirer.
La Carretera Austral : la route chilienne qui mérite tous vos rêves
Si je ne devais garder qu'une seule route dans ma vie, ce serait celle-là. La Carretera Austral, au Chili, part de Puerto Montt et descend vers le sud à travers la Patagonie chilienne. Environ 1 240 kilomètres, mais ne regardez pas la distance : regardez le temps.
Cette route, c'est un concentré d'émotions. Des fjords, des forêts denses, des glaciers qui tombent dans les lacs, des villages isolés que vous ne trouverez sur aucune carte routière. Et une particularité : on y croise plus de camping-cars allemands que de voitures locales.
La conduite est exigeante. La moitié de la route est en gravier, souvent étroite, avec des passages à gué qui peuvent devenir infranchissables après de fortes pluies. La première fois que j'ai vu un de ces gués, j'ai cru que j'allais devoir faire demi-tour. Non : il suffit de passer doucement, en première, sans s'arrêter au milieu.
Le détour indispensable : la laguna San Rafael
Ne vous contentez pas de la route principale. Prévoyez une journée pour rejoindre la laguna San Rafael, où le glacier du même nom se jette dans l'océan. C'est l'un des rares endroits au monde où vous pouvez approcher un glacier par bateau sans guide obligatoire. Coût de la visite : environ 60 à 80 euros, mais le spectacle vaut chaque peseta.
La route des Yungas en Bolivie : la plus dangereuse du monde (et pourquoi je l'ai faite quand même)
Vous avez sans doute entendu parler du Camino de la Muerte, cette route bolivienne qui serpente entre la cordillère et la jungle amazonienne, avec des précipices vertigineux et des croix qui bordent le chemin. Les chiffres sont effrayants : on parle de 200 à 300 morts par an dans les années les plus sombres.
Voici la vérité que les articles alarmistes ne vous disent pas : la route a été quasiment remplacée par une nouvelle chaussée en 2007. Le trafic qui emprunte encore l'ancienne route est essentiellement touristique, et les accidents graves sont devenus rares.
Faut-il la faire ? Si vous aimez les sensations fortes, oui, mais choisissez bien votre prestataire. Le problème, ce n'est pas la route, c'est l'organisation : certains opérateurs surchargent les vélos et équipent mal leurs clients. Exigez un casque intégral, des gants et un vélo avec des freins récents. Et partez tôt le matin pour éviter les groupes de l'après-midi.
Le salar d'Uyuni : un road trip qui défie toutes les règles
Vous roulez. Autour de vous, rien. Un blanc immaculé à perte de vue, des montagnes floues à l'horizon, et un silence qui vous glace. Le salar d'Uyuni, le plus grand désert de sel du monde, est une expérience que je ne peux pas décrire avec des mots.
La traversée classique se fait en 3 jours en 4x4 avec un guide obligatoire en saison humide. Et croyez-moi, ce n'est pas un luxe : sans GPS, sans repères, sans signal téléphonique, vous ne pouvez pas vous permettre l'improvisation.
Parlons budget. La location incluant chauffeur, carburant, repas et hébergement de base coûte entre 150 et 200 euros par personne pour les trois jours. Oui, c'est cher. Mais c'est probablement le meilleur rapport qualité-prix de tout le continent.
Ce que j'aurais aimé savoir avant
Le confort est rudimentaire : vous dormez dans des refuges en sel ou en pierre, sans chauffage, parfois sans électricité. La température descend facilement sous zéro la nuit, même en été. Prenez un sac de couchage pour -5°C, pas pour la plage.
Comment combiner ces routes en un seul itinéraire cohérent
Vous ne pouvez pas tout faire. C'est le premier conseil que je donne à tous mes lecteurs, et c'est celui qu'ils ignorent le plus souvent. L'Amérique du Sud est immense, et les distances sont trompeuses. De Buenos Aires à Lima, comptez environ 5 000 kilomètres. En ligne droite. Sur le terrain, avec les détours, les mauvaises routes et les arrêts, cela représente facilement trois semaines de conduite effective.
Si vous avez 3 semaines, choisissez un pays et deux régions maximum. L'Argentine seule : Buenos Aires, le nord (Salta et la Quebrada de Humahuaca), puis la Patagonie. Ce programme vous laisse de la marge pour les imprévus, et il y en aura.
Si vous avez 1 à 2 mois, vous pouvez envisager un circuit Argentine-Chili-Bolivie. Le classique : Buenos Aires → Mendoza → Santiago → Atacama → Uyuni → Salta → retour. C'est ce que j'ai fait lors de mon premier voyage, et c'est un excellent compromis entre variété et logistique.
La question de la location de véhicule
C'est le point qui fâche. Louer une voiture à Buenos Aires et la rendre à Lima coûte trois fois plus cher que la location aller-retour. Les frais de rapatriement sont prohibitifs, et les agences locales exigent souvent des cautions de 2 000 à 3 000 euros.
Mon conseil : louez dans un pays, faites une boucle, et reprenez l'avion pour changer de région. Le surcoût des vols intérieurs est presque toujours inférieur aux frais de location internationale.
La saisonnalité, l'élément que tout le monde néglige
Petit tableau de ce que j'ai appris après des années d'erreurs :
| Route | Meilleure période | Période à éviter | Difficulté |
|---|---|---|---|
| Ruta 40 (Argentine) | Novembre à mars | Juin à septembre (neige) | Moyenne |
| Carretera Austral (Chili) | Décembre à février | Mars à mai (pluies) | Élevée |
| Salar d'Uyuni (Bolivie) | Avril à octobre | Janvier à février (inondé) | Très élevée |
| Route des Yungas (Bolivie) | Toute l'année | Saison humide (nov-mars) | Modérée |
| Atacama (Chili) | Toute l'année | Aucune | Faible |
Le vent est votre pire ennemi en Patagonie. En novembre, il souffle régulièrement à 60-80 km/h, et peut dépasser les 100 km/h sur la steppe. Si vous êtes en camping, c'est un cauchemar. Les rafales emportent tout : chaises, gamelles, tentes, patience.
Les leçons que j'ai payées cher et que vous n'aurez pas à payer
Une crevaison à 150 kilomètres de la prochaine ville, sans signal, avec un cric insuffisant et une roue de secours qui n'a jamais été gonflée. Voilà mon premier souvenir de la Ruta 40. Depuis, j'ai une check-list que je partage avec vous :
- Vérifiez la roue de secours avant de partir : la moitié des locations ne l'ont jamais fait.
- Ayez deux jerrycans d'eau et de carburant : les distances entre les stations sont trompeuses, surtout dans le nord de l'Argentine.
- Ne conduisez jamais de nuit hors des grandes villes : les animaux (vaches, guanacos, chevaux) sont omniprésents et totalement imprévisibles.
- Téléchargez des cartes hors ligne : Maps.me a sauvé mon voyage plus d'une fois.
- Gardez des espèces : les stations-service isolées ne prennent souvent que le liquide.
Franchement, le plus dur dans un road trip en Amérique du Sud, ce n'est pas la conduite. C'est de lâcher prise sur les plans. Vous partez avec des itinéraires, des heures d'arrivée, des réservations. Et puis vous découvrez le rythme local, les rencontres qui vous retiennent, les routes fermées qui vous obligent à improviser. Et vous comprenez que c'est exactement ça, le voyage.